le cinquantenaire page 11

Série l'Algérie" c'était notre guerre"

Journal du jeudi 15 mars 2012

«Mon mari a disparu le 5 juillet 1962...»

PUBLIÉ LE 15/03/2012 08:09 |  PIERRE CHALLIER

«Mon mari a disparu le 5 juillet 1962...»


Huguette Husté n'a jamais revu son mari, disparu le 5 juillet 1962.L'enlèvement et le massacre de centaines de Français, après le 19 mars 1962, reste un sujet tabou.

 

Devant le mur des disparus de Perpignan, un homme retrouve un nom : «Font... on l'appelait Mimi, Font», se souvient-il, la voix cassée par l'émotion. Un peu plus loin, Huguette suit du doigt une ligne... «Il est là». Christian Husté, son mari. L'un des milliers de disparus civils de la guerre d'Algérie, l'une des centaines de victimes du 5 juillet 1962, à Oran.

 

«Christian était inspecteur des impôts et nous habitions la ville depuis 3 ans. En 1957, à la naissance de ma fille, notre second enfant, nous étions bien sûr embêtés par ce qui se passait, il y avait des attentats, ponctuels, mais personne ne pensait que ça finirait comme ça, en tragédie», raconte à présent Huguette Husté, 81 ans, contrôleur des impôts retraitée. Avant de s'interrompre, pour inspirer.

 

Car «c'est à vif», résume-t-elle soudain, devant le monument. Politique de la terreur, spirale infernale du FLN et de l'OAS poursuivant sa politique de la «terre brûlée»... Après le 19 mars et la signature des accords d'Evian, les choses empirent en effet. L'armée française reçoit la consigne de rester l'arme au pied. Mais l'ALN-FLN ne respecte pas ses engagements: les exactions se multiplient. Le but? Répliquer à l'OAS et montrer que «la valise ou le cercueil» ne sont pas des paroles en l'air. Et c'est à Oran que la situation est la plus exacerbée, l'affrontement sans pitié entre les deux camps face à face.

 

SINISTRE PETIT-LAC

Le 11 mai, Huguette Husté prend l'avion avec les enfants,direction Hyères, où elle a de la famille. Fonctionnaire, Christian reste. Il doit partir fin juin. Puis reporte au 5 juillet. Ce jour-là, il charge la voiture familiale avec tout ce qu'il a pu sauver à bord d'un bateau en partance pour Alicante. «La voiture est arrivée sans lui et en Espagne, tout a été volé», poursuit Huguette. Christian ne réapparaîtra jamais...

 

«Il a été enlevé avec un de nos voisins, entre la maison de mes parents et le port, puis sans doute exécuté au Petit-Lac, comme des centaines d'Oranais ce jour-là. Un de ses collègues, lui, a pu être sauvé. Au ministère des Finances, ils ont été éberlués. Le bruit a couru un temps que le FLN faisait enlever des fonctionnaires de haut niveau pour faire tourner l'administration après notre départ. On a parlé de camps.»

 

Huguette a écrit partout. Durant des années. «Dossier vide», lui a-t-on répondu. Depuis, la souffrance n'a jamais cessé. La colère non plus. Le général Katz avait 18000 hommes en garnison à Oran, et ce jour-là, «il n'a rien fait pour protéger les Français. Ceux qui ont été sauvés l'ont été par des voisins, des amis arabes ou des officiers qui avaient désobéi aux ordres», résume-t-elle. Aujourd'hui ? «Je ne veux pas qu'on me plaigne, je veux simplement qu'on reconnaisse cette tragédie des disparus».

 

Oran au cœur du drame



Après la signature des accords d'Évian, supposés garantir la sécurité de tous les civils ainsi que des supplétifs musulmans, Oran sera le théâtre d'exactions sanglantes, le 5 juillet 1962.

 

Ce jour-là, à l'issue du défilé fêtant l'indépendance, des éléments armés de l'ALN, venus de l'extérieur de la ville, mais aussi des civils, vont enlever et tuer des centaines de personnes. Un déchaînement de violence en réplique au terrorisme de l'OAS ou un véritable « nettoyage ethnique » ? Le débat demeure.

 

Du 26 juin au 10 juillet, on relèvera 679 victimes: 326 morts, 353 disparus. Or toutes les enquêtes le confirment: les autorités françaises étaient parfaitement au courant de la situation, elles n'ont rien fait, de Gaulle avait dit: ne bougez pas. Et les Pieds-Noirs? «Ils souffriront!», a répondu de Gaulle.

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