Le cinquantenaire page 12

Série l'Algérie" c'était notre guerre"

Journal du vendredi 16 mars 2012

"Les coupables, ce sont les politiques..."

PUBLIÉ LE 16/03/2012 08:26 |  PIERRE CHALLIER

"Les coupables, ce sont les politiques..."


Jacques Carbonnel avait 25 ans lorsqu'il a été appelé chez les paras. Engagé à 18 ans, Gérard Kihn lui, s'est retrouvé chez Bigeard. Marqués à vie, tous les deux sont rentrés antimilitaristes .

 

Nous poursuivons notre série sur la guerre d'Algérie, cinquante ans après...

 

Celui qui y croyait. Celui qui n'y croyait pas. C'est un peu ça, l'histoire de Gérard Kihn et de Jacques Carbonnel. Fils de paysan, le premier s'est engagé à 18 ans pour échapper à sa famille et sa Lorraine natale. Professeur, syndicaliste, 3e ligne à Cahors et... sursitaire,le second avait 25 ans lorsqu'il se retrouva aussi parachutiste, contre ses convictions. 50 ans après, ce qui réunit désormais les deux hommes? L'aversion commune qu'ils ont rapportée d'Algérie contre la guerre, la torture.

 

«L'Algérie? à 20 ans, j'avais une idée positive du colonialisme qui apporte la civilisation», commence pourtant Jacques Carbonnel, carrure toujours imposante à 82 ans. «Mais à 25 ans, je m'étais politisé. Il y avait eu l'Indochine et en arrivant à Oran en 1956, une scène m'avait révolté, un flic humiliant un Arabe pour rien...»

 

Puis, «dès les premières opérations j'ai été confronté à la torture. Laverdo, Aumale, Miliana, Palestro... On n'a jamais été forcés à participer, mais on entendait hurler les gars. Un jour, par accident, j'ai vu. Le supplice de la baignoire, un homme qu'on remplit d'eau par les deux bouts, la gégène, le corps qui se lâche... Mais le plus terrifiant, c'étaient ces gosses de 20 ans qui plongeaient dans ce système. Moi, j'étais le «vieux», je n'étais pas influençable, mais, sur un régiment, nous n'étions que 15 à refuser cette guerre-là de la «paracification»...

 

«La torture, c'était plus difficile à supporter que la mort»,confirme alors Gérard Kihn. En 1957, lui se retrouve à crapahuter avec le 3e RPC, «le régiment de Bigeard». D'accord pour être soldat, mais pas tortionnaire.

 

«En 57, la torture était systématique, mais le vrai problème, c'est que les politiques avaient donné tout pouvoir à l'armée. Elle avait droit de vie ou de mort sur n'importe qui. Isolés, des sous-off qui étaient rentrés fous d'Indochine, faisaient alors le sale boulot avec les hommes de troupe», souligne-t-il.

 

Exécutions sommaires, viols, mutilations, mais aussi violences contre les simples soldats... Révulsés, ils sont rentrés «hantés par l'horreur». «Comment pouvait-on en arriver là ? La peur. Nous avons vu torturer des innocents, des Français ne parlant que français vouloir «faire parler» des Arabes ne parlant qu'arabe... et il n'y avait pas de limite à l'imagination sadique des gens laissés à eux-mêmes. Mais, plus que l'armée, les vrais coupables, oui, ce sont les politiques qui ont rendu ça possible en donnant les pleins pouvoirs aux militaires», répètent-ils. «Pacifistes à jamais».

Algérie, le sang des autres

 

Dans un poème en occitan, Jacques Carbonnel tente d'exorciser le souvenir d'une exécution sommaire dont il a été le témoin forcé. Jacques Kihn, lui, a écrit un livre: «Algérie, le sang des autres». Militants de la réconciliation entre les peuples, ils font partie de l'Association des Anciens Appelés en Algérie contre la Guerre (4ACG).

 

Fondée par quatre agriculteurs du Tarn et de l'Aveyron qui veulent la réconciliatione entre la France et l'Algérie comme elle a eu lieu entre la France et l'Allemagne, elle regroupe ceux qui ont choisi de reverser leur retraite du combattant à des projets de développement, facteurs de paix, en Algérie, en Palestine ou au Maroc. www.4acg.org

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